Note de lecture de JPW Livres 1 à 5
22 septembre 2009 - Pas de commentaire »
Une première lecture il y a deux mois m’avait laissé une impression mitigée; de très beaux passages : l’idée de communiquer ses émotions, ses sentiments par poèmes est magnifique, mais j’avais accroché sur certains paragraphes vraiment très tarabiscotés et inutilement compliqués me semblait-il. Ce n’est pas tant l’absence de noms que les rapports entre les personnages que je n’avais pas toujours trouvés évidents. J’ai relu récemment ces 5 chapitres, et les choses se sont alors mises en place. Le Genji, grâce à sa beauté naturelle et à son sang royal multiplie les aventures amoureuses, et on aurait une impression de déjà lu si ces exploits amoureux n’étaient pas codés par de nombreux interdits – on communique par poèmes, on se parle par euphémismes, par silences entendus, par jeux sur les mots, (le même mot, yume, veut dire à la fois « rêve » et « faire l’amour ») et au travers de tentures et de rideaux, on déclare sa flamme par allusions, par référence aux poèmes passés – et décrits avec un sens de la périphrase, une utilisation de la musique, de la symbolique des fleurs et des saisons qui donnent à ces aventures, du moins à nos yeux de lecteurs occidentaux du XXIème siècle, une pudeur très érotique finalement.
Cette écriture permet également un flou artistique non dénué d’humour autour de certaines situations, comme par exemple lorsque le Prince Radieux, à la fin du Livre 2, ne parvient pas à faire venir à lui sa conquête, il dit alors au jeune frère de celle-ci « mais toi, du moins, ne m’abandonne pas ! Et il le fit s’étendre à ses côtés. L’enfant était heureux et flatté de cette juvénile aménité, et son maître, dit-on, le trouva d’autant plus charmant que la sœur était plus cruelle » Chaque lecteur, selon sa dose d’innocence, de perversité, d’imagination, pourra se faire sa religion sur cette scène.
La lecture de ces 5 chapitres dans les traductions en anglais d’Edward G.Seidensticker ES (1976) et de Royall Tyler RT (2001) est très instructive. On sait que toute lecture de texte, ancien ou contemporain, dans sa langue maternelle ou dans une langue étrangère, est interprétation, mais cela saute encore davantage aux yeux à la lecture comparée des trois traductions. Cela ne porte pas à conséquence sur de simples problèmes de vocabulaire, lorsque René Sieffert (p.98) parle du Maître des Moines, RT le traduit par le Révérend et ES par l’Evêque, mais il est plus intéressant de voir que quand Sieffert dit (p.100) : « Elle était de bonne naissance, d’une rare beauté, sans la moindre de trace de malice » cela devient « she was an elegant child, and did not seem at all spoiled » chez ES (p.90) c’est-à-dire « c’était une enfant élégante, qui ne semblait pas du tout gâtée » et « she was of distinguished parentage, she was delightful, and she showed no distressing tendancy to talk back » (p.89 ) chez RT, c’est-à-dire «elle venait d’une famille illustre, elle était délicieuse, et elle ne faisait pas montre de cette détestable tendance à répondre ».
Ces deux éditions en anglais offrent de nombreuses notes de bas de page, très détaillées, en particulier chez RT, ainsi que des illustrations, ornementales chez ES et explicatives chez RT. Des astérisques ne correspondant à rien laissent à penser, dans la traduction de René Sieffert, que lui aussi allait commenter certains passages, mais qu’il n’en a pas eu le temps. (Sieffert est mort en 2004). Les astérisques de Sieffert ne correspondent pas toujours aux notes de deux traducteurs américains, qui elles-mêmes ne sont pas forcément aux mêmes endroits.
Jean-Paul Wautier sept 09
On peut consulter la traduction d’Edward G.Seidensticker sur le site suivant: