Le choix du Café des lecteurs : récits et documents

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le-lievre-de-patagonie.gifClaude LANZMANN  - Le lièvre de Patagonie - Gallimard 

Écrits dans une prose magnifique et puissante, les mémoires de l’auteur de Shoah disent toute la liberté et l’horreur du XXe siècle, faisant du Lièvre de Patagonie un livre unique qui allie la pensée, la joie, l’humour, le tragique.


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retour-dexil.jpgHélène CASTEL - Retour d’exil d’une femme recherchée - Seuil 

Après un casse raté, Hélène Castel doit fuir la France au début des années 1980. Elle s’installe au Mexique pour refaire sa vie. Elle y reste vingt-quatre ans, jusqu’à ce que son passé vienne la rattraper, quelques jours seulement avant la prescription de sa peine, et l’envoie en prison. Dans ce récit, Hélène Castel va et vient entre sa mémoire et la réalité accidentée de la détention, entre le Mexique qui l’a adoptée et ses ‘retrouvailles‘ avec la France… Mettant en miroir ses deux identités, son livre éclaire le chemin singulier qu’elle a dû emprunter dès le moment de son arrestation, jusqu’à son procès fortement médiatisé.

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seraphin.jpgFrançoise CLOAREC  - Séraphine - Editions Phébus 

Elle porte un prénom d’ange, chantant, ardent. Pourtant, le destin qui attend Séraphine Louis, née dans une famille pauvre de l’Oise à l’automne 1864, est des plus terre-à-terre. Orpheline, Séraphine entame une vie de domestique. De cette terne réalité, il s’agit de s’évader. Séraphine communie avec la nature, rêve, prie. Et un jour, cédant à un ordre impérieux de la Vierge, Séraphine peint. L’exaltée de Senlis est moquée pour ses toiles chatoyantes où les arbres, les fruits et les fleurs deviennent sensuels ou inquiétants. Mais le jour où un collectionneur parisien, Wilhelm Uhde, découvreur de Picasso, de Braque et du Douanier Rousseau, croise la route de la talentueuse femme de ménage, il l’infléchit singulièrement… Françoise Cloarec nous conte l’incroyable histoire vraie de Séraphine de Senlis, glissant doucement de la misère à la gloire, de l’originalité à la folie.

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weil.jpgSylvie WEIL  - Chez les Weil André et Simone - Buchet-Chastel 

Sylvie Weil est la fille d’André Weil et la nièce de Simone Weil. Comment vivre aux côtés de pareils génies ?

Sylvie Weil, dans ce qui est à la fois un exercice d’admiration et un exorcisme nécessaire, s’en explique avec émotion et humour.

 

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robert_benchley_remarquable.gifRobert BENCHLEY - Remarquable, n’est-ce pas ?

Monsieur Toussaint Louverture 

Pilier du New Yorker, ce témoin des péripéties de monsieur Toulemonde a chroniqué de sa prose cinglante chaque aspect de la vie culturelle et quotidienne, pour dresser de ces instants un tableau drôle et si juste qu’il a traversé les décennies sans perdre de son mordant. Sans concession pour le politiquement correct, il n’hésite pas à taper dans les clichés pour les mettre à mal et excelle dans l’absurde. De sa vision des enfants à celle de la vie économique, il reste l’observateur joyeux et insolent de l’humanité, recrée un monde où les choses ne sont pas ce qu’elles semblent, s’attarde sur les détails dérisoires pour les monter en mayonnaise tout en rappelant que rien n’est grave et tout est relatif. Ou l’inverse ?

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un-amour-sans-paroles.gifDidier BLONDE - Un amour sans paroles - éditions Gallimard 

« L’accident s’est produit le samedi 28 août 1920 à cinq heures et demie de l’après-midi. À bord de la voiture, un modèle torpédo, se trouvaient le réalisateur Charles Burguet et sa femme, à l’arrière. L’actrice Suzanne Grandais était assise à côté du chauffeur. Au croisement des routes de Sézanne à Coulommiers, l’auto fit une violente embardée, dégringola le talus en faisant panache dans un champ de betteraves. Suzanne Grandais, dont la tête avait été écrasée par le marche-pied, portait sur le côté gauche une horrible blessure d’où s’échappait la cervelle. Elle avait vingt-sept ans. Des films qu’elle avait tournés, tous muets, je n’en avais vu qu’un seul, un peu par hasard, qui m’avait rendu amoureux quelques mois. Plus tard, chez un bouquiniste, j’avais trouvé une ancienne carte postale sur laquelle elle souriait, de trois quarts. Son nom ne disait jamais rien aux personnes à qui il m’arrivait d’en parler. Pendant des années, c’est tout ce que j’ai su d’elle. » Didier Blonde

 

 

 

Le choix du Café des lecteurs : les romans

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un-balcon-en-foret.jpgJulien GRACQ - Un balcon en forêt

José Corti 

Extrait : « Ce fut vers la fin de décembre que la première neige tomba sur l’Ardenne. Quand Grange se réveilla, un jour blanc et sans âge qui suintait de la terre cotonnait sur le plafond l’ombre des croisées ; mais sa première impression fut moins celle de l’éclairage insolite que d’un suspens anormal du temps : il crut d’abord que son réveil s’était arrêté ; la chambre, la maison entière semblaient planer sur une longue glissade de silence – un silence douillet et sapide de cloître, qui ne s’arrêtait plus Il se leva, vit par la fenêtre la forêt blanche à perte de vue, et se recoucha dans la chambre quiète avec un contentement qui lui faisait cligner les yeux. Le silence respirait autour de lui plus subtil sous cette lumière luxueuse. Le temps faisait halte : pour les habitants du Toit, cette neige un peu fée qui allait fermer les routes ouvrait le temps des grandes vacances. » (p.104) A lire ou à relire !

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iouri.jpgPia PETERSEN - Iouri - Actes Sud 

L’insondable et talentueux Iouri, brillant artiste plasticien hostile aux mesures sécuritaires de notre époque, s’engage dans une démarche artistique radicale. Son étrange changement d’attitude alarme la narratrice qui partage sa vie. Avec ce récit haletant glissé comme par fraude dans l’atmosphère parisienne d’une galerie d’art, l’auteur nous confronte aux enjeux politiques de notre temps et à un mode de résistance qui pervertit l’ordre moral. Pia Petersen interroge ici l’engagement politique de l’artiste, tout en explorant avec finesse les mécanismes du doute et de l’interprétation du réel. Vif et implacable.

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au-zenith.jpgDuong THU HUONG - Au zénith  éditions Sabine Wespieser 

Le président est réveillé par un cri déchirant au fond de la vallée : un jeune garçon pleure la mort de son père, qui vient de tomber d’une falaise. Ce cri ramène l’homme âgé et solitaire qu’il est devenu à ses propres interrogations : où est le fils qu’on lui a arraché encore enfant ? Pleurerait-il la mort d’un père qu’il n’a pas connu ? Pourquoi, alors qu’il avait le pouvoir, le président a-t-il livré la femme qu’il aimait à ses anciens compagnons de combat ? Comment se retrouve-t-il, à la fin de sa vie, en pleine guerre contre les Américains, sur cette montagne isolée, avec pour seuls compagnons des soldats qui le surveillent et deux bonzesses de la pagode voisine ? Sobre, presque stylisé, fluide, clairement construit, entre présent et passé, discours direct et indirect, ‘Au Zénith‘ est le chef-d’oeuvre de Duong Thu Huong. Son ampleur ne doit pas intimider. Duong Thu Huong maîtrise la tragédie de manière aérienne.

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les-recidivistes.jpgLaurent NUNEZ - Les récidivistes  

éditions Champ Vallon 

C’est l’autobiographie d’un jeune homme d’aujourd’hui, si peu sûr de sa voix qu’il choisit d’en emprunter quatre autres pour raconter sa vie : celle de Quignard pour tenter de comprendre l’amnésie frappant un amour de jeunesse, celle de Duras pour dire la recherche effrénée de l’amour, celle de Proust qui, sur le canevas de La Recherche du temps perdu, relate les péripéties d’une vie entière, de l’enfance jusqu’à l’avènement de l’écriture ; enfin celle de Genet pour dire l’incapacité à aimer. C’est l’histoire d’un garçon qui n’arrive pas à aimer, qui ne comprend rien au monde et qui décide d’écrire cette incompréhension. C’est l’histoire de Laurent qui devient écrivain.

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paris-brest.jpgTanguy VIEL - Paris-Brest - éditions de Minuit                                    

 Il est évident que la fortune pour le moins tardive de ma grand-mère a joué un rôle important dans cette histoire. Sans tout cet argent, mes parents ne seraient jamais revenus s’installer dans le Finistère. Et moi-même sans doute, je n’aurais jamais quitté Brest pour habiter Paris. Mais le vrai problème est encore ailleurs, quand il a fallu revenir des années plus tard et faire le trajet dans l’autre sens, de Paris vers Brest. Un vrai-faux roman familial où se mêlent le biographique et le biographique et le romanesque.

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la-partita.jpgAlberto ONGARO - La Partita - éditions Anacharsis

Lorsqu’il revient d’exil à Venise, Francesco Sacredo, jeune patricien de bonne famille, découvre que son père a perdu au jeu la totalité de leur immense fortune. La comtesse Mathilde von Wallenstein, une allemande borgne, sournoise et carnassière, lui a enlevé jusqu’à son dernier sequin. Ulcéré par l’inconséquence paternelle, Francesco accepte, sur un coup de dé, de miser sa propre personne pour tenter de récupérer son bien. Il perd. Mais plutôt que de livrer son corps à la maléfique comtesse comme convenu, il s’enfuit, aussitôt pris en chasse par les impitoyables spadassins de l’Allemande. Aussi cette partita se poursuit-elle grandeur nature, au rythme de la course effrénée de Francesco à travers une Italie du XVIIème  siècle plongée dans un hiver glacial. Roman d’aventures et grand plaisir de lecture.


comme-dieu-le-veut.jpgNiccolo AMMANITI  - Comme Dieu le veut - éditions Grasset 

Rino Zena et son fils Cristiano vivent dans une plaine trempée de pluie, dans une ville qui pourrait être n’importe où. Si Cristiano est un collégien ordinaire, Rino n’est pas un père comme les autres : chômeur alcoolique et profondément fasciste, il vit sous la surveillance des Services Sociaux qui menacent de lui retirer la garde de son fils. Tous deux luttent pour survivre et pour rester ensemble, en compagnie de deux étranges amis. Dino, Danilo et Quattro Formaggi forment un trio de petits malfrats, un clan passionné de camarades qui prend le jeune garçon sous son aile. Un jour, ils décident qu’il est temps d’améliorer leur existence misérable en fracturant un distributeur automatique de billets. Au delà de l’étude de la relation père-fils, Ammaniti dépeint ici une Italie dévastée par la vulgarité et l’abrutissement consumériste, une Italie aux paysages de centres commerciaux et d’entrepôts. La tendresse de l’auteur envers ses personnages imprègne d’une profonde humanité ce roman où cohabitent horreur et humour désenchanté.

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ailleurs.jpgJulia LEIGH - Ailleurs

éditions Christian Bourgois

Quittant l’Australie avec ses deux enfants, Olivia se réfugie en France dans la demeure familiale où elle a grandi. Après des années d’absence, elle y retrouve sa mère et son frère, de retour avec sa femme. Dans cet univers fragile, riche en émotions, chacun tente de tenir bon tandis qu’un tragique secret les rapproche sans cesse d’une possible rupture… Conte noir et fascinant, Ailleurs est à la fois troublant, subtil et profond.

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black-bazar.jpgAlain MABANCKOU - Black Bazar - Seuil                   

Des cocasseries de la fiction aux vraies questions. Le nouveau Mabanckou appartient à cette catégorie, si rare, des livres drôles et intelligents.Son héros est un trentenaire parisien originaire du Congo Brazza. Le roi de la Sape (Société des Ambianceurs et des Personnes élégantes), plutôt frimeur mais, présentement déstabilisé, parce que largué par sa compagne. Un peu paumé. Il épanche sa bile par écrit, erre dans le Paris de la négraille, espère trouver une remplaçante et des amis à qui se confier. Mabanckou use de ce prétexte pour explorer un continent tout entier, en restaurer l’immense diversité que le colonialisme a soigneusement gommée. L’Africain n’est pas le même qu’il soit de l’Est ou de l’Ouest, d’un pays ou de l’autre. Tous différents jusque dans les rivalités, dans les discours : faut-il louer le passé colonial ou revendiquer son identité ? Se « dénégrifier », accepter la misère et l’immigration ou oser être ? Un propos dont le sérieux est enrobé dans une prose savoureuse, très inventive !

Daniel Martin, La Montagne

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tranchecaille5001.jpgPatrick PECHEROT -Tranchecaille - Série noire Gallimard 

Chemin des Dames, 1917, l’offensive du général Nivelle tourne à l’hécatombe. Dans l’enfer des combats, un conseil de guerre s’apprête à juger le soldat Jonas accusé d’avoir assassiné son lieutenant. Devant l’officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d’un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ? Le capitaine Duparc n’a que de quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille. Un magnifique roman noir.

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